Archives pour l'étiquette lâcher-prise

aigus et graves

À partir de la posture stabilisée sur ses racines, comme si on était assis sur la source du son, la vibration grave se propage dans le sol et dans l’espace. En restant concentré sur cet équilibre, on relâche tout, en fin d’expiration, et l’inspiration suivante s’élargit spontanément en conservant cette voix grave, bien vibrante : on développe cette vibration en travaillant le contrôle des harmoniques, exercice de base prôné notamment par Joe Allard et par David Liebman.

Puis, en montant tranquillement dans la tessiture, jusque dans les suraigus des harmoniques supérieures, on maintient la vibration “grave“ dans les talons, surtout sans ne rien modifier entre l’embouchure et le diaphragme : on évite ainsi toute altération involontaire du son grâce au lâcher-prise, en laissant la relaxation descendre jusqu’au centre de la respiration, et même jusqu’aux talons !

Dans ces conditions, la richesse et l’homogénéité du son sont assurées par la descente sur les racines : et véritablement, “c’est dans l’aigu que ça devient grave“ ! De plus, contrairement à certaines idées reçues, combattues notamment par Alfred Tomatis dans L’oreille et la voix, la plénitude du son est maintenue en conservant la même configuration de la colonne d’air et de l’embouchure du grave au suraigu, permettant en particulier les effets legato entre les extrêmes de la tessiture, comme le montre aussi précisément Dominique Hoppenot dans Le violon intérieur.


Musicalement ça monte et ça descend, physiquement ça descend toujours. Le piège est qu’un son peut être beau sans être bon.

Robert Pichaureau,
Expressions favorites


Grâce au travail fourni (respiration grave, poussée verticale), vous jouez beaucoup plus “en arrière“, vous évitez de “monter“ votre manière de jouer en même temps que vous “montez“ pour les notes aiguës.

(…) Nous allons apprendre à “descendre“ pour mieux “monter“. (…) Mais il est en tout cas bien évident que vous ne devez jamais remonter !

Toujours descendre et pousser verticalement.

Michel Ricquier,
Traité de pédagogie instrumentale


Low note articulation and tone production are two of the subtle challenges confronting saxophonists, as is the opposite problem of the tendency to go sharp in the high register. A saxophonist should not sound like he has a different tone for each register. The overtone matching process may go on for years.

David Liebman,
Developing a Personal Saxophone Sound

trouver sa voix sans souffler

Grâce au lâcher-prise vers le sol à l’expiration, le déclenchement souple de la vibration intérieure propulse un chant riche en harmoniques, du fait de l’absence de contractions parasites ; du même coup, la quantité d’air consommé est minimale, et on le ressent comme s’il se recyclait au centre du diaphragme.


Sorte de calice qui s’évase comme une tulipe dont les pétales s’ouvrent, le larynx lors de la phonation voit ses deux cordes vocales inférieures se rapprocher. Elles se mettent en vibration au cours de l’émission, vibration entretenue par l’air qui s’écoule avec retenue. Le volume d’air qui intervient est minime, si minime que l’on a songé à une vibration quasi spontanée, autonome, sous un contrôle essentiellement cortical des hauteurs tonales. Le cerveau a, bien entendu, à intervenir en réglant la tension nécessaire pour que ce débit à faible pression permette une vibration adéquate répondant à la hauteur tonale désirée.


(…) toute contraction thoracique prématurée empêche le diaphragme d’entrer dans sa véritable dynamique.


Quant aux sensations proprioceptives à acquérir lors de l’émission, elles répondent en fait à la nécessité de ne pas pousser.


Il faut apprendre à conserver l’air emmagasiné et à en donner aussi peu que possible (…) Il n’est pas nécessaire de prendre le maximum d’air et de le projeter ensuite avec pression. Il faut au contraire savoir le tenir et le laisser “couler“ à pression minimum. Plus l’écoulement se fait lentement et régulièrement, moins il y a de tension sous-jacente et plus le larynx travaille avec aisance.


En effet, l’art du chant consiste à ne pas pousser, à rester dans un état de tension souple, à ne pas faire d’efforts musculaires.


Alfred Tomatis,
L’oreille et la voix