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la colonne d’air et la voix

Lorsqu’on se concentre sur la relaxation descendant vers l’arrière du dos à la fin de l’inspiration naturelle (non forcée), on creuse la colonne d’air – ou mieux, la colonne de son – pour trouver sa position stable, comme si on se retrouvait assis sur la vibration naissante, qui va ensuite faire résonner une autre colonne, physique celle-là, la cervicale / vertébrale.


(…) lors d’une émission correcte, le larynx s’accole à la partie antérieure de la colonne cervicale. Cette dernière, excitée du fait des vibrations transmises au larynx par les cordes vocales, se met à chanter, et à chanter pour son propre compte.

En effet, le larynx, en la circonstance, joue le rôle d’excitateur tout comme le font les cordes d’un violon. C’est la corde qui vibre et le violon qui chante. La colonne impose dès lors sa présence en introduisant sa résonance spécifique liée à sa structure osseuse. Il convient donc de réaliser une “colonne de son“, de son résonantiel sus- et sous-glottique, et non une colonne d’air comme le veut la légende.


(…) une chose est de parler essentiellement de colonne d’air avec tout l’ensemble d’a priori qui l’accompagnent : la poussée, la pression, le jeu des tensions des cordes, le serrage, etc… et une autre chose est de parler de la colonne de son qui implique un état de détente, un débit tranquille et mesuré, une vigilance permanente afin d’éviter les tensions, de réduire les pressions.


Alfred Tomatis, L’oreille et la voix

voice is the instrument

Thanks to relaxation flowing down to your heels, you visualize your embouchure at the bottom of the sound column : it is revealed, at the very end of inhalation, as gently landing on the source of vibration, hence the source of your inner sound, which then spreads around, being amplified by the instrument.


For a singer, virtuosity means neurological control of those parts of the body specialized in singing, as if it were a musical instrument. (…) Having learned to merge himself with his instrument, the great virtuoso can then become totally objective at will.


It is futile to try to sing if this self-image is not integrated through a singing instrument, a vocal instrument.

(adapted by Guy Robert)


A well-defined body image specific to the act of singing implies a well-organized mental attitude and finely tuned alignment, which will allow the entire body to resonate during singing.


Alfred Tomatis, The Ear And The Voice
(translated by Roberta Prada and Pierre Sollier)

 

 

colonne d’air

La vibration intérieure de l’instrumentiste, à vent ou autre – comme on le voit dans Le violon intérieur de Dominique Hoppenot -, se développe dans la colonne d’air, depuis la source sonore jusqu’à l’embouchure en passant par les cordes vocales, puis est amplifiée par l’instrument.

On éprouve cette colonne d’air – plutôt la colonne de son, caractérisée par Alfred Tomatis dans L’oreille et la voix – par le relâchement des muscles de l’abdomen, en observant sa propre respiration : ce faisant, on oublie son embouchure en développant une sensation de verticalité et d’enracinement de la vibration, à la manière d’un tronc d’arbre qui serait matérialisé par les membres inférieurs.


La colonne d’air vibre et se recycle comme le jet d’eau au centre du bassin.

Il faut toujours s’intérioriser, c’est pour ça que le son filé est très bien, mais seulement en laissant filer le son, et toujours avoir cette verticalité, cette ouverture du corps.

Quand on chante, le corps s’ouvre, s’ouvre, s’ouvre, et il faut toujours que ça soit comme ça, cela s’appelle “être sur l’air“.

Robert Pichaureau


The idea is that the movements of the vocal cords be utilized for the artistic purposes of shaping a sound.

David LiebmanDeveloping a Personal Saxophone Sound

la respiration et la voix

Lorsque l’on s’observe en train de respirer naturellement, en relâchant le bas du dos vers l’arrière pour éviter les tensions inutiles, on prend conscience de la liaison entre son corps et le sol, matérialisée par les membres inférieurs, à l’instar d’un tronc avec ses racines.

Puis, en se relaxant jusqu’à la base de la colonne de son, on imagine la vibration intérieure partir des talons, et on ne pousse surtout pas, afin de consommer le moins d’air possible et ainsi développer un riche spectre sonore.


Je dissertais sur la respiration large et ample, non poussée.


Il s’agit en fait d’observer une attitude d’abandon de soi-même (…)


(…) ce son régulièrement émis rééquilibre la respiration sur un mode de non-poussée. L’acte respiratoire dépend en effet du comportement laryngé car il existe une véritable imbrication entre le jeu du larynx et la coulée respiratoire.


La grande respiration ample et tranquille est celle qui est souhaitable à tous moments de la vie.


À vrai dire, dans sa plénitude, elle est l’exception et elle n’est réellement acquise qu’au prix d’un long et sérieux apprentissage. Une fois que le mécanisme repiratoire souhaité est enfin obtenu, il faut l’appliquer à l’acte chanté. Il s’agit du même processus mais avec un jeu bien spécifique auquel s’associent des sensations proprioceptives caractéristiques.


Ainsi donc, chez la plupart des chanteurs expérimentés, seul le diaphragme est opérationnel. Seul, il assure toute la dynamique phonatoire tandis que le thorax reste pratiquement immobile, en dilatation. (…) Beniamino Gili par exemple me précisait qu’il laissait “tomber son ventre par terre“ et ce pour respirer et tenter de maintenir cette même impression tout au long de l’émission, c’est-à-dire autant que devait durer la coulée du souffle. C’était un bon moyen pour que la musculature abdominale n’interfère pas sur le jeu diaphragmatique.


(…) chanter, c’est agir sous l’effet de l’expiration.


Mais comment s’y prend-on, en l’occurrence, pour aborder le problème, à l’envers ? Tout bonnement en analysant la respiration normale.


Il faut “prendre“ certes de l’air, mais de manière confortable, sans plus. Puis il faut savoir distribuer cet air, en régler le débit avec le minimum de pression, comme pour caresser les cordes vocales. Celles-ci, quant à elles, se mettent alors à vibrer et à exciter la colonne osseuse qui, de son côté, se met à chanter.


Encore une fois, nous rappelons que tout est fondé ici sur l’effort à observer pour éviter l’effort. (…) En réalité, le fait de chanter et de chanter bien réintroduit la découverte d’une respiration vraie, calme, non stressée, d’un véritable rythme physiologique.


Certes, tous ces mouvements et gestes sont également d’origine musculaire. Mais ils répondent en fait à l’ensemble antagoniste des muscles de poussée.


Alfred Tomatis, L’oreille et la voix

la posture au piano

Pour un musicien jouant debout, la position de jeu doit incarner son véritable ancrage sur ses racines, par lesquelles la colonne de son plonge profondément dans le sol. Afin d’assurer cette verticalité, il s’imagine assis sur son bassin, centré sur la source du son : ainsi ramassé vers le bas, calé sur ses talons, et faisant abstraction de la partie supérieure de son corps, sa vibration interne décolle facilement.

Cette attitude s’applique effectivement au pianiste, qui éprouve cette verticalité virtuelle lui aussi jusque dans les talons, en étant réellement assis sur son siège, plongeant ses pieds dans le sol.


(…) deux autres idées étaient mises en avant par les représentants de l’école anatomico-physiologique : le jeu des membres pesants et la relaxation (…)


[En 1905, Rudolf Maria Breithaupt (1873-1945) publia Die Natürliche Klaviertechnik.]

Breithaupt, fervent défenseur de cette idée, proclamait que l’élément le plus important de la technique était d’avoir le bras relâché et pesant (…) Dans la troisième édition de son ouvrage, il écrit que le but ultime de la performance artistique est “la prédominance de l’esprit sur le corps, la libération de la matière, l’affranchissement de la gravité : seule une légère sensation d’équilibre doit subsister de celle-ci…Il va sans dire que dans le cas des mouvements les plus rapides, le poids des membres semble quasiment annihilé. “


George Kochevitsky, The Art Of Piano Playing
(traduit par Guy Robert)

la voix est l’instrument

Grâce à la relaxation se déroulant jusqu’aux talons, on visualise son embouchure à la base de la colonne du son : elle vient, en fin d’inspiration, se poser délicatement à la source de la vibration, donc du chant intérieur, qui se propage alors en étant amplifié par l’instrument.


N’est-il pas vrai que c’est la structure nerveuse qui façonne le corps et que tout instrument musical en est le prolongement dans le but bien défini de former une seule et même entité ? Ainsi le corps et l’instrument ne font qu’un. Dès lors, il y a fusion entre la musique elle-même et l’instrument par le truchement du système nerveux. Ce dernier opère réellement comme un unificateur dynamique.


(…) il est vain de prétendre chanter si cette image de soi n’est pas intégrée au travers d’un instrument chantant, d’un instrument vocal.


(…) toute une conception nouvelle s’installe, au travers de laquelle le corps devient l’instrument dont on doit jouer pour chanter.


Alfred Tomatis, L’oreille et la voix